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Être Bénévole ... Comment ? Pourquoi ? Ou ? ...

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La réponse de Michel Montheil

Beaucoup se demandent comment "aider autrui", être utile, rendre service... Et je constate que cette question se pose souvent lors d’une période de crise personnelle, professionnelle ou familiale, à l'occasion de laquelle quelque chose comme "le sens de la vie"» revient crûment.

Il faut bien des motivations en effet pour être bénévole dans une association. J'insiste sur la nécessité que chacun puisse trouver la structure associative qui lui convient. En effet, vous indiquez souvent que vous avez des capacités d'aide et d'écoute naturelles dont vous faites bénéficier vos proches, vos amis... Cette aide naturelle ne doit pas être comparée au travail des associations, spécialement en France, dont on connaît la richesse et la diversité.

L’élan vers le bénévolat est certes une tendance, parfois un trait de personnalité qui mérite d'être développé. Toutefois, comme vous êtes nombreux à l'écrire, vous hésitez lorsqu'il s'agit de vous engager dans une démarche plus structurée, plus exigeante aussi. Dans mon expérience, c'est cet échange bénévole/association qui est le plus riche car il offre mutuellement des richesses et des compétences. Il faut dès lors regarder autour de vous quelles associations vous ressemblent le plus, tant au niveau des actes que des valeurs morales et spirituelles.

Évidemment, il ne saurait être question de bénévolat sans savoir à qui l'on destine son temps, ses compétences, son énergie, ses affects. Les bénéficiaires sont souvent des êtres "imaginés" et d'une certaine manière "idéalisés" en pire !

Ce n'est pas critiquable, mais très souvent les futurs bénévoles sont préoccupés et envahis par une sorte de projet de "sauveur" qui ne peut, bien sûr, jamais s'accomplir sauf à s'imposer à l'usager, au prix d'une négation de son être profond, de ses compétences et de ses propres valeurs... L'un des obstacles les plus fréquents auxquelles se heurtent les bénévoles est souvent la déception (qu’on laisse dans l'obscurité) de n'avoir pas pu sauver quelqu'un comme on en rêvait.
Couramment, les motivations au bénévolat s'enracinent dans des "choses" qui nous ont manquées, ou des besoins de réparer... Il faut bien avoir des raisons pour s'engager dans une œuvre que paradoxalement l'on paye par le renoncement à son propre temps, à sa propre énergie vitale...

Dès lors, le bénévole doit tenir une juste comptabilité entre ce qu'il entend donner de lui et ce qu'il espère, ou fantasme, pouvoir recevoir. Il me semble légitime que le don de soi s'accompagne d'une contrepartie personnelle. Croire que l'on se donne en "pure perte", sans contrepartie, relève d'une vision du bénévolat qui se confondrait avec le "tout amour". Je crois précisément que les associations doivent tenir le candidat bénévole à l'écart de cette tentation. Etre volontaire ne signifie pas fusionner avec les bénéficiaires ni vouloir leur donner par amour, par trop plein de vertus, ce qu’il n'a pas lui-même désiré ou demandé. Toutefois, il faut bien une capacité à aimer pour se donner aux autres ou simplement à une tâche associative, même si elle garde la rencontre en face-à-face à distance.

Chacun doit pouvoir trouver la place qui lui convient au sein du mouvement associatif sans qu'aucune idéalisation ne définisse à votre place ce qui est bien et ce qui ne l'est pas. Cependant, il est clair que le bénévolat ne peut se faire sans une juste compréhension des valeurs éthiques et déontologiques qui nous poussent à vouloir faire "le bien d'autrui". Car, à y bien réfléchir, vouloir faire le bien n'est ni naturel ni évident. C'est tout au contraire un effort, qui trouve sa racine en nous, parfois pour nous réparer de nos propres souffrances passées ou présentes, mais qui ne doit jamais être mis au service de nous-mêmes pour se substituer à notre besoin personnel d'être aimé pour nous. Je veux dire que le bénévolat ne doit pas servir en priorité notre propre besoin d'aller mieux, mais qu’il contribue, par une marche commune dans laquelle le bénévole accompagne l'usager, à un chemin où chacun trouve son propre paysage.

Encore faut-il que le bénévole ne veuille pas imposer à l'usager une représentation du monde qui serait supposée meilleure parce qu’elle est la nôtre. Pour travailler avec des gens en situation extrêmement précaire, je constate chaque jour les richesses insoupçonnées qu'ils recèlent, et leur droit profond et essentiel de refuser certaines formes de bien qu'on voudrait leur imposer sans respect pour leur propre univers. Ne leur faisons pas l'offense de croire que, parce qu'ils sont handicapés, malades, pauvres et affamés... ils seraient de surcroît dépourvus de ressources psychologiques et affectives. 

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